On entend de plus en plus parler d’hyperphagie, et c’est une bonne chose. Mais de quoi parle-t-on vraiment? Existe-t-il une ou plusieurs formes d’hyperphagies? Le grignotage est-il de l’hyperphagie? Un.e diététicien.ne peut-il/elle m’aider si je souffre d’hyperphagie? Autant de questions auxquelles nous allons répondre dans cette article.
D’après le dictionnaire de la langue française, le mot hyperphagie vient du préfixe grec hyper, qui veut dire « au-dessus, au-delà, excessivement » et du suffixe grec phagie, qui veut dire manger. Donc l’hyperphagie c’est manger en excès, au-delà de ses besoins.
L’hyperphagie boulimique
C’est à cette forme d’hyperphagie que l’on pense en premier.
Il s’agit d’un TCA (troubles des conduites alimentaires). Elle touche 3 à 5 % de la population française (aussi bien les hommes que les femmes), et 30 à 50% des personnes atteintes d’obésité. Les critères de diagnostic sont précis et définis par le DSM5 (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Les voici :
- Survenue récurrente d’accès hyperphagiques qui répond aux 2 caractéristiques suivantes:
- Absorption, en une période de temps limitée (par exemple moins de 2h), d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances.
- Sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise (ne pas pouvoir s’arrêter ou ne pas contrôler la nature des aliments consommés).
- Présence de 3 ou plus de ces éléments :
- Manger beaucoup plus rapidement que la normale.
- Manger jusqu’à éprouver une sensation pénible de distension abdominale.
- Manger de grandes quantités de nourriture en l’absence de sensation physique de faim.
- Manger seul.e parce que l’on est gêné.e de la quantité de nourriture que l’on absorbe.
- Se sentir dégoûté.e de soi-même, déprimé.e ou très coupable après avoir mangé.
- Les accès hyperphagiques se produisent au moins une fois par semaine pendant au moins 6 mois.
- Il n’y a pas de comportements compensatoires (vomissements, prise de laxatifs, activité physique intensive).
La sévérité du trouble est mesurée par la fréquence des crises :
- Trouble léger : 1 à 3 épisodes par semaine
- Trouble modéré : 4 à 7 épisodes par semaine
- Trouble sévère : 8 à 13 épisodes par semaine
- Trouble extrêmement sévère : 14 épisodes ou plus par semaine.
Elle nécessite une prise en charge pluridisciplinaire, par des professionnels de santé formés à sa prise en charge. Un coach en TCA n’est pas suffisant.

Le syndrome d’alimentation nocturne
Il touche environ 1.5 à 3% de la population et est répertorié dans le DSM5 comme un TCA.
Il se caractérise par une consommation d’au moins 25% de l’apport énergétique après le repas du soir et/ou la nuit. Les prises alimentaires sont incontrôlées, la personne est consciente ou dans un état de conscience modifiée. On observe un désintérêt pour la nourriture le matin. L’alimentation nocturne est présente au moins 2 fois/semaine.
Ce trouble est associé à des troubles anxieux et/ou dépressifs, et peut être accompagné d’insomnies. Le fait de manger apporte une sensation d’apaisement qui aide à se rendormir.
On retrouve souvent un important contrôle de l’alimentation durant la journée.
Comme pour l’hyperphagie boulimique, il est important d’être suivi par des professionnels de santé formés!
L’hyperphagie prandiale
C’est le fait de manger en excès au cours des repas. La personne mange sans ressentir la faim et la satiété, elle est déconnectée de ses sensations et mange vite voire très vite (on appelle ça la tachyphagie). Elle ne ressent pas de plaisir gustatif et est en mode automatique. Elle peut manger jusqu’à avoir mal au ventre et mange plus que ses besoins nutritionnels ce qui conduit à une prise de poids.
L’hyperphagie prandiale n’est pas classée parmi les TCA, on la considère comme un désordre alimentaire. Il est important là aussi de se faire accompagner par des professionnels de santé formés à sa prise en charge.
Les compulsions alimentaires
Une compulsion alimentaire est une perte de contrôle impulsive vis à vis de la nourriture. C’est un besoin impérieux et impulsif de manger, alors que la conscience refuse. C’est plus fort que soi!
On peut faire une compulsion sur une petite quantité de nourriture, quelques biscuits par exemple, dans ce cas ce n’est pas de l’hyperphagie.
Le grignotage
Le grignotage est le fait de manger sans faim et en dehors des repas. Il n’y a pas de plaisir gustatif, même si au départ les aliments sont choisis pour leur goût. En excès, le grignotage est une forme d’hyperphagie qui amène à manger au-delà de ses besoins et peut favoriser la prise de poids.
Le rôle du/de la diététicien.ne
Il est important de consulter un professionnel de santé formé aux TCA. Le risque, sinon, est d’aggraver votre rapport à l’alimentation.
Son rôle est de vous aider à identifier les causes de vos troubles alimentaires et à retrouver une relation apaisée à la nourriture, c’est-à-dire sans crises ni compulsions et sans culpabilité. Pour cela il/elle utilise différents outils comme un journal alimentaire pour vous aider à vous observer, ou des exercices pour vous aider à vous reconnecter à vos sensations alimentaires.
Dans le cadre de l’hyperphagie boulimique et du syndrome d’alimentation nocturne, il est indispensable que vous soyez aussi accompagner par un psychologue et/ou un psychiatre puisque les TCA sont des troubles mentaux.
Dans tous les cas ne restez pas seul face à vos troubles alimentaires.
Source : « Comprendre et traiter l’obésité » – Jérôme Carraz; « 100 questions réponses : l’hyperphagie boulimique » – Endat-TCA; « Les obésités : Médecine et chirurgie »- Collectif.


Diététicienne Nutritionniste

